L'histoire a toujours suscité de l'intérêt chez moi et vivre dans le moment présent pour préparer le futur est une si grande priorité quotidienne qu'on oublie parfois de jeter un oeil au passé, sachant très bien qu'il demeurera statique. Or, quand vient le temps d'y consacrer un peu de temps, on se rend compte que les documents se font plus rares qu'on l'imaginait, qu'ils ont disparus ou se sont détériorés.
Depuis mon enfance, je fréquente ce quartier puisque mes grands-parents y ont habité une bonne partie de leur vie. Je garde un bon souvenir de ma grand-mère qui me remettait un billet de 5$ pour aller acheter une boîte complète de paquets de cartes de hockey Pro Set à la pharmacie Jean Coutu sur Fleury... Ensuite, j'ai fait mes études au CEGEP Ahuntsic et lorsque j'ai emménagé dans mon premier appartement avec ma copine (la seule et unique Madame Code 18 !), le quartier était en tête de liste et nous y sommes resté 5 ans. Puis, nous avons acheté une maison à moins de 2 km de là parce qu'on apprécie la qualité de vie.
Parce que j'y demeure, je m'intéresse grandement à l'histoire de mon quartier. Le paysage urbain se transforme et je suis déjà témoin de quelques changements qui feront que certaines particularités seront vite oubliées. Pour commencer, j'ai débuté mes recherches sur le web et je suis resté des heures à épier les magnifiques albums photos de Philippe Du Berger sur Flickr (un must si vous vous intéressez à Montréal).
Une image de 1907 tirée des archives BANQ illustre une partie du quartier.
À l'époque, le boulevard Gouin s'appelait Back River Road alors que le chemin du Grand Sault changea de nom pour la rue Lajeunesse en 1912 (selon le nom d'une auberge près du Sault-au-Récollet - source). Sur celle-ci, on y trouvait l'hôtel Péloquin du côté ouest qui faisait face à l'hôtel Marcotte de l'autre côté de la rue (lot 237) .
L'hôtel Marcotte fût l'hôte du Montreal Hunting Club, de la Banque Provinciale du Canada et par la suite d'un poste de police (déménagé, maintenant un Carrefour Jeunesse Emploi), jumellé à une caserne de pompier. Le bâtiment actuel a été construit en 1929.
Un article du journal La Patrie paru en 1911 indique que son concurrent, l'hôtel Péloquin fût rasé par les flammes. Il semble que la famille Péloquin avait une certaine notoriété puisqu'on retrouve aussi l'avenue Péloquin immédiatement à l'est de St-Hubert. Selon le répertoire historique des toponymes montréalais, Jean-Baptiste Péloquin cèda cette avenue à la municipalité du village d'Ahuntsic le 28 juin 1900.
Sur les lots illustrés au haut de la carte, on voit aussi le nom de certains propriétaires, dont la famille Major (est-ce parent avec le Rona Major & Major ?). On voit aussi ce qui allait devenir le boulevard Henri-Bourassa à partir de 1954 (anciennement rue Kelly et boulevard Paradis) qui prenait fin à la rue Lajeunesse avant d'être prolongée à l'ouest suite à une série d'expropriations.
Au coin de la rue Berri et du boulevard Gouin, une maison fût démolie pour faire place à une clinique médicale (photo de 1976).
Sur le site web de BANQ, un document de 1911 annonce la construction d'une nouvelle école "qui fera l'orgueil de la population" au coût de 20000$ (selon l'évaluation foncière de la ville de Montréal, l'immeuble (terrain et bâtiment) valait 1,5 millions en 2011). Quelle est-elle ? Il s'agit de l'école Saint-Nicolas, dirigée par les clercs de Saint-Viateur qui, lors de sa fermeture, devint le restaurant La Vieille École (voyez la publicité télé comme c'est alléchant!). Si je me fie au numéro de téléphone de l'annonce, la crêperie Bretonne Ty-Breiz a le même numéro (dans le 514) et siégeait à la même adresse (déménagée sur Jean-Talon ?). Lorsque le restaurant mit la clé sous la porte, le bâtiment fût repris par l'église de la Communauté chrétienne Béthel de Montréal, dont son pasteur considéré comme un escroc à diamants a fait manchette en 2010 au sujet d'argent détourné appartenant au Parc Safari.
Dans le secteur, l'ancien restaurant Harvey's au coin du boulevard Henri-Bourassa et Christophe-Colomb avait pris feu et a été démoli pour y construire des unités de condos. Quelques années auparavant, l'ancien restaurant chinois Hanchow (situé au coin de Fleury et Lajeunesse), abandonné depuis longtemps, eut aussi une nouvelle vocation de condominiums en étant transformé en Square Fleury (par le même constructeur Jules Maltais).
Merci à Kate McDonnell (@elzadra) pour la photo du restaurant.
Plus récemment, comme si la bannière avait une malédiction, on apprenait que l'ancien Harvey's situé coin Lajeunesse et Louvain, devenu plus tard le restaurant Georgina, fermait ses portes pour être converti en d'autres unités de condos par le promoteur Mondev.
Des condos, encore des condos. Le même sort avait été réservé au restaurant La Fondrie qui, si ma mémoire est bonne, était situé ici. Aux dernières nouvelles, c'est un motel douteux de la rue Lajeunesse qui disparaîtra pour faire place à... d'autres condos! Tant mieux, la rue prend du mieux parce qu'on se doute bien que ce ne sont pas des touristes qui viennent profiter des siestes bon marché...
Ce ne sont que quelques exemples des changements qui ont eu lieu dans le quartier lors des 100 dernières années. Si vous avez des vieilles photos ou anecdotes, n'hésitez pas à me contacter, je serais heureux que vous les partagiez avec moi.
lundi 16 janvier 2012
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